La rupture de
l'Union Soviétique avec l'Occident, exprimée par la doctrine Jdanov
a, on le sait bien, eu pour effet de poser une chape de plomb sur
les compositeurs soviétiques les plus avancés. Priés de se mettre
au service de l'ouvrier qui « a besoin de mélodies
simples pour siffloter à l'usine », des musiciens
jusqu'ici avant-gardistes, comme Serge Prokofiev ne parviendront
qu'épisodiquement à maintenir le haut degré de qualité dont ont pu
témoigner leurs oeuvres jusque là. Certains autres, comme Dmitri
Shostakovitch passeront maîtres dans l'art de jouer au chat et à la
souris avec les oukazes idéologiques du régime.
La doctrine
Jdanov debvait s'accompagner dans la musique populaire d'une
condamnation sans équivoque du jazz, pourtant largement toléré
avant la seconde guerre mondiale. Staline n'avait-il pas ennoncé
que la haine du jazz était largement incompatible avec l'esprit de
nouveauté qui soufflait dans la jeune Union
Soviétique ?
Le prolifique
pianiste et compositeur Alexandre Tsfasman, auquel j'ai consacré il
y a plusieurs mois quelques articles, se conforma à sa manière à la
tournure idéologique de l'entrée en guerre froide en se consacrant
de plus en plus à l'écriture de pièces de piano pour le concert,
inspirées par les oeuvres de ses camarades soviétiques. Malgré les
apparences trompeuses, il ne renie pourtant en rien son jeu
flamboyant qui en fait l'équivalent soviétique de ce que fut Billy
Mayerl en Grande-Bretagne.
J'ai
longtemps cru que Tsfasman n'avait enregistré que de nombreuses
séances d'orchestre rappelant les innombrables formations de
musique de danses façon Paul Whiteman Orchestra. J'ai eu le plaisir
de découvrir récemment quelques-unes de ses fantaisies de concert
interprétées par l'auteur lui-même au piano.
Je voudrais
partager avec vous la Fantaisie sur des thèmes de Matveï Blanter,
l'auteur de la célèbre chanson Katïushka.
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